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Hiver, des soirs de lumières

Janvier 2008, prairies de l'Illwald, près de Sélestat
Canon EOS20D, objectif Canon EFS 10-22mm à 10mm, ISO 200, 1/60s, f6.3. Réglage des niveaux sur le sol.
Je pensais les connaître ces prairies, du moins je connaissais le long chemin qui y mène, et dont la seule idée, c'est vrai, m'a déjà l'une ou l'autre fois découragé d'avance, alors que je réfléchissais au but d'une future balade. Quoiqu'il en soit, je suis là ce soir, et ce fameux chemin est derrière moi à présent.
Au-delà des à-priori et des idées préconçues ( je pensais abusivement savoir ce que j'allais voir avant même d'être arrivé, ou du moins ce à quoi je pouvais à peu près m'attendre), je découvre qu'il y a encore et toujours matière à s'émerveiller sur le pas de notre porte, pour choisir un exemple illustré, Ce sont des trésors insoupçonnés qui nous entourent, des trésors que, par habitude, par lassitude, par désintérêt, on ne voit même plus. Des trésors à côté desquels on passe, et auxquels on ne prête plus attention, pour notre plus grand malheur. Des trésors que l'on ne connaît pas, et que l'on ne peut même pas apprécier dans le pire des cas.
La scène qui m'attend ce soir-là fait, à mes yeux, entièrement partie de ces trésors négligés. Volontairement négligés parfois, dois-je l'avouer non sans une certaine honte en ce qui me concerne, ayant déjà été rebuté à l'idée de devoir simplement suivre ce chemin avant de pouvoir espérer profiter au bout de celui-ci d'une hypothétique récompense, quelle qu'elle soit.
La récompense fut au rendez-vous cette fois, et je m'en serais voulu de ne même pas avoir essayé d'aller la chercher.
C'est toute la diversité et l'incroyable générosité de la nature qui m'interpelle ici. C'est la richesse de notre région, ce qu'il en reste en tout cas; c'est la formidable interaction entre son climat et ses paysages. C'est aussi la conscience que cette nature est fragile, qu'il faut la protéger, apprendre à la connaître avant qu'elle ne disparaisse, elle et ses trésors, comme c'est malheureusement encore trop souvent le cas un peu partout.
Heureux concours de circonstances qui me fait réaliser ou plus exactement prendre encore plus conscience de tout ça subitement ce soir: les pluies abondantes de début décembre, soit plus d'un mois auparavant ont gonflé les rivières et les nappes phréatiques, inondant comme à l'accoutumée les rares prairies inondables encore préservées dans le ried. Le coup de froid vif qui s'ensuit aura transformé toutes ces eaux en glace plusieurs jours durant. Le redoux de fin d'année, pourtant marqué, n'aura cependant pas eu raison de cette "banquise" alsacienne, pas plus que les pluies qui tenteront elles aussi en vain d'anéantir la glace, goutte d'eau après goutte d'eau, réussissant tout au plus à former de ci de là des flaques dans les zones plus creuses.
Le soir tombe, le ciel se dégage, le vent se calme, et, infatigablement, la glace libère son haleine glacée. La température baisse en conséquence, la brume locale s'élève petit à petit, dissimulant les prairies derrière un voile diaphane mouvant au gré des dernières brises.
Une flaque, incongrue au milieu de cette glace, reflète alors dans un contraste saisissant l'embrasement d'un nuage sous le soleil couchant au sud-ouest. Le sentiment est grandiose, l'ambiance indescriptible. J'ai l'impression que tous les éléments s'accordent, et se sont accordés parfaitement pour me permettre d'assister à cette féérie éphémère.
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